Jeanne Macaigne

Après des études de lettres modernes et les Arts décoratifs de Paris, Jeanne Macaigne dessine pour la presse (Le Monde, Libération, Revue XXI..) et l’édition. Elle a publié deux albums en tant qu’auteure-illustratrice aux éditions MeMo («L’hiver d’Isabelle» en 2017 et «Le coiffeur des étoiles» en 2018). Elle a également illustré le roman de Sigrid Baffert « La chose du MéHéHéHé» (2019). En 2020, elle a publié un livre animé «Aladdin ou la lampe merveilleuse» aux Editions animées et illustré le «Le grand livre des guérisseuses» ( Clara Lemonnier, éd, de l'Iconoclaste). Un nouvel album sortira en mars 2020 aux Fourmis rouges.

Derrière cette foisonnante couverture, se dévoile un récit métaphorique sur l’origine du monde et les différentes connexions qui existent entre la Terre, le Ciel et les êtres vivants. Porté par des illustrations pleines pages minutieuses et très colorées, véritables hymnes à la vie, ce magnifique album représente l’antidote idéal pour les victimes qui souffrent du train-train quotidien. Un récit poilant, généreux et optimiste à déguster en famille. (Ricochet, «Les coiffeurs des étoiles», Memo, 2018)

Quelques titres pour découvrir son univers

L’hiver d’Isabelle (MeMo, 2017)

Isabelle était triste. Un jour l’hiver s’était installé avec le froid et le vide, tout autour de sa maison. « Sa vie passait sans laisser de trace ; même ses rêves semblaient lui échapper. Sa mémoire lui filait entre les doigts ». Jusqu’au jour où une fée lui apporta le moyen de retrouver ses rêves, ses souvenirs qui lui firent reprendre goût à la vie, et retrouver chaleur du printemps.

Les coiffeurs des étoiles (MeMo, 2018)

Une sympathique famille de coiffeurs vit sur une île perdue, peuplée de drôles d'habitants aux longs cheveux. Des liens fraternels se tissent entre eux. Mais ce bonheur est menacé par une Mer redoutable. Une aventure échevelée ! Chaque pleine page ouvre sur un univers différent qui transporte petit à petit dans un récit sur les origines du monde et les liens entre la terre, le ciel et les êtres humains.

La Chose du MéHéHéHé Texte de Sigrid Baffert (MeMo, 2019)

Le quotidien des trois poulpes Mo, Saï et Vish est troublé par un truc bizarre tombé du ciel. Sigrid Baffert nous immerge dans les fonds marins et nous invite à regarder autrement à la surface. Elle brode avec malice le revers d’un événement scientifique majeur de la conquête spatiale et nous alerte en passant sur la préservation des océans. Un roman drôle au point de vue original remarquablement illustré .

Les mille et une nuits conception Claire Faÿ (Editions animées, 2020)

L'histoire d'Aladdin et la lampe magique. Un livre de coloriages qui se transforme en dessin animé !

Changer d'air (Fourmis rouges, 2021)

Dans un joli quartier, une maison fait le bonheur de ses habitants. Mais l’harmonie laisse place à la jalousie.La maison décide de partir et s'installe dans un petit coin de paradis. À travers un graphisme coloré et foisonnant, Jeanne Macaigne nous questionne sur notre rapport à notre habitat commun : la Terre.

Interview de Jeanne Macaigne

Votre album, avec ses thématiques très fortes (la question de l’habitat, du « chez soi », de la volonté de gagner des espaces plus tranquilles et du nécessaire respect de l’environnement), a-t-il été inspiré par le contexte actuel de pandémie ? La question étant désormais comment habiter un monde qui se défait écologiquement et humainement ?
Étrangement, j’ai terminé cet album avant la période du coronavirus. La Maison pose la question : comment en tant qu’être humain habiter la Terre ? Depuis des millénaires, les humains ont tenté de l’apprivoiser, la domestiquer, la posséder. Mais quel espace lui donner pour l’écouter et vivre « avec » ?
On pourrait dire que dans Changer d’air la famille est la plus petite cellule de l’humanité et que la Maison représente la Terre. Les rapports de domination et de prédation des êtres humains risquent de détruire la Terre comme ses habitants avec la Maison.
Dans son livre Habiter en oiseau, Vinciane Despret dresse la cartographie de la manière dont les oiseaux habitent le monde, notre monde. Ils ne l’habitent pas comme nous. Ils sont plus solidaires que nous ne le pensons. Lorsqu’ils se rencontrent aux frontières de leur territoire, ils peuvent se provoquer, frimer, parader : là où certains ornithologues y voyaient comme un signe d’agressivité et de compétition, c’est en fait un moyen de rentrer en contact. On est voisins, on cohabite ensemble, on se salue d’une aile. Par exemple pendant la tragédie de la pandémie et le confinement, dans les grandes villes les habitants entendaient plus perceptiblement le chant des oiseaux. Tout à coup la beauté du monde arrivait partout. Beaucoup prenaient la pleine mesure de « on n’est pas seul au monde ».
 

En exergue de votre album, La Fontaine nous exhorte à nous aimer et nous dit que rien ne vaut en dehors de l’amour. D’ailleurs, l’amour traverse tout votre livre (l’amour fou entre la Maison et ses habitants, le manque de considération et d’amour qui amène à la destruction et précipite le départ etc.) L’amour, c’est ce qui peut nous sauver ?
L’amour c’est cet espace à habiter, cet endroit où l’on se sent soudainement chez soi. Quand l’amour est délaissé, la volonté aveugle de tout rattraper coûte que coûte, dans un instinct de survie, lutte contre la haine qui peut aisément s’installer dans un cœur sec et meurtri. Je pense que l’amour peut remplir les cœurs de courage, leur redonner chair, leur insuffler une envie de se jeter dans l’existence.
Au début de l’histoire, la Maison voue un amour fou à son quartier et à ses habitants, elle aimerait garder cette harmonie intacte. Quand les habitants la détruisent, elle passe par la colère mais, portée par l’amour, elle prend le risque d’affronter le monde entier pour tenter de retrouver cette harmonie originelle. Rimbaud disait « l’amour est à réinventer ». La Maison a ce courage d’essayer de retrouver leur amour éternellement jusqu’à y risquer sa propre existence.
Ce qui traverse également ce livre, c’est l’idée d’un cycle de vie, du cycle de la Nature, qui se renouvelle… 
Les fleurs qui renaissent à chaque saison, l’air frais du matin, les étoiles dans la nuit… Toutes ces choses que l’on rencontre et qui nous mettent en joie. La Maison est étonnée devant chaque paysage, il y a la surprise du hasard, le hasard des rencontres qui la fait avancer. Et puis à la fin, l’histoire se termine par un feu d’artifice d’amitiés en tout genre. Ses amis remontent son chagrin et lui apportent leur soutien, le paysage en devient enchanté. En apportant chacun un peu de soi, et en prenant le temps de chaque amitié, je crois qu’à partir de là, on peut construire des folies.

Comment est né ce projet d’album, « Changer d’air » ? 
Et comment vous est venue cette idée d’utiliser la maison comme parallèle avec la planète Terre ?
Nous habitons en tant qu’êtres humains sur cette Terre qui est notre Maison. Dans ses différentes pièces, il y a des fleurs parfumées, des arbres flamboyants, de l’eau qui nous constitue, de l’air que nous respirons. Si elle meurt, elle nous emporte avec elle dans un gouffre silencieux. Au départ, dans l’histoire, la Maison vit avec ses habitants dans une harmonie paradisiaque. Une sorte d’Eden réinventé où chacun prête attention à chacun. La Maison est alors cet endroit réconfortant où l’on peut revenir, s’abriter, se protéger, y réfléchir dans un moment hors du temps pour mieux repartir. 

On apprend à être et à grandir par le corps, le geste, les rituels. De plus, si nous réfléchissons au corps dans l’espace et particulièrement dans la Maison, qui est un lieu de rituels sociaux condensés, on apprend à être un habitant. Ce lieu nous définit. Quand, un jour dans mon histoire, les habitants se déchirent, ils se coupent de leurs racines et, emportés par leur rage, s’en prennent à la Maison, celle-ci décide alors de « changer d’air », de les déplacer afin de leur offrir un nouveau départ vers une nouvelle vie. 
Dans ce livre, je me suis posée la question : « lorsqu’on change d’endroit, cela permet-il de se changer soi-même ? » Lorsque la Maison emporte ses habitants pour tout changer, l’air comme les mœurs, ses habitants savourent le fait d’être de nouveau ensemble dans un paradis retrouvé. Mais très vite, leurs penchants dominateurs reprennent le dessus, et anéantissent tout.
Je suis partie de l’idée que l’Humain entretient avec la Terre une relation ambivalente entre amour et destruction. Lorsque son égoïsme arrive au triple galop, avec sa cupidité en satellite, il enferme la Nature, la contrôle, la détruit. Dans mon histoire, j’ai cherché à représenter cette idée par le caractère cyclothymique des habitants, entre bonheur et destruction. C’est aussi l’idée selon laquelle, dans la réalité, il est difficile de vivre uniquement à l’intérieur de soi. Etablir alors des liens avec les autres, les écouter pour sortir de soi et revenir à soi-même est essentiel. Cohabiter devient alors rencontrer l’autre. Dans Changer d’air, ces autres si importants, sont la Maison elle-même, la faune et la flore qui l’environnent.
 

Extrait  de la newsletter des éditions Fourmis rouges, avril 2021.
  https://editionslesfourmisrouges.com/

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