Maurèen Poignonec

Née en 1992, elle a une mère italienne et un père breton. Elle vit à Saint-Germain en Laye En novembre 2014, parallèlement à sa dernière année d'étude au lycée des Arts graphiques Corvisart , elle devient illustratrice et publie son premier livre en 2015 "Dix petites souris cherchent une maison"de Pog aux éditions Gautier Languereau. En janvier 2015, elle fait partie des 10 jeunes talents du festival d’Angoulême. Depuis, elle a publié une soixantaine de titres chez différents éditeurs. Parmi les plus récents, albums ou romans, citons «A la recherche du chaperon rouge» de Nadine Brun-Cosme (Little urban, 2020), «C'est pas moi» d'Arnaud Tiercelin (Kilowatt, 2020), «Les mamies attaquent!» de Claire Renaud (Sarbacane, 2020) ou «Sur mon monstre» d'Alexandre Chardin (Elan vert, 2019).

Tous les mercredis, c’est la fête pour Julie! Elle passe la journée chez sa mamie chez qui elle est une princesse ! Sa grand-mère a même décidé de lui offrir en cadeau d’anniversaire une fabuleuse nuit dans un vrai château ! (« Ma nuit de château »  de Jo Hoestlandt. Magnard, 2017) 

Quelques titres pour découvrir son univers
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Tortue expresse de Sandra le Guen (Little Urban, 2021)

Foulard noué sur son cou ridé, la tortue va d'abord chercher James, le petit dernier, puis l'intrépide Juno et enfin Majé, leur frère aîné. Au cours de sa promenade, la petite troupe partage des instants précieux : flâneries, découvertes, confidences, câlins. Les enfants l'attendent impatiemment. Mais rien ne presse pour Tortue-express.

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Grands méchants et pas contents de Davide Cali (ABC Melody, 2021)

Rien ne va plus dans la forêt depuis qu'une vieille dame s'est installée dans le maison où paraît-il ont vécu il y a longtemps sept nains. Elle organise des jeux, des fêtes et plus personne n'a peur du loup, de l'ogre ou de la sorcière. Les grands méchants pas contents font grève...

A la recherche du petit chaperon rouge de Nadine Brun-Cosme (Little urban, 2020)

Un cherche et trouve géant autour des contes de Perrault, des frères Grimm et d'Andersen, avec une cinquantaine de personnages à repérer à travers les villages, les forêts et les montagnes enneigés d'un royaume enchanté.

Lyre la mouche qui habite dans l'oreille du musicien de Perrine Joe (Dyozol, 2021)

Lyre, mouche mélomane, vit dans l'oreille d'Opus, un vieux pianiste. Le pauvre Opus est excédé: son oreille le gratouille à longueur de journée. C'est que Lyre s'agite et farfouille sans cesse, sauf lorsque le vieil homme se met au piano ! Jusqu'au jour où Opus s'éprend d'une dame qui surprend Lyre dans l'oreille de son amoureux. A paraître en avril 2021

Taxi Baleine de Sandra le Guen (Little urban, 2019)

Une taxi-baleine à lunettes rouges fait faire la traversée aux enfants. Ils vont tous voir papa devenu un rafiot cachalot ! Une jolie métaphore sur la maternité et la famille.

Interview de Maurèen Poignonnec

Comment es-tu venue au dessin ?
Comme beaucoup de personnes qui dessinent, je pratique depuis toute petite. Déjà, à la maternelle, les professeurs disaient à mes parents : « Il faut qu’elle fasse du dessin plus tard ». J’ai longtemps suivi les conseils de mon entourage concernant ma pratique artistique, et peut-être que si l’on ne m’y avait pas incitée, je n’aurais pas choisi d’évoluer dans ce domaine. De fil en aiguille, à force de travailler, j’ai appris à vraiment apprécier le dessin. Aujourd’hui, c’est devenu une source d’expression vitale.

Tu as fait des études artistiques ? 
Lorsque l’on veut s’orienter vers des études d’art, il est conseillé de faire une école préparatoire ou une mise à niveau en arts appliqués. Comme je n’avais pas un assez bon dossier scolaire pour ça, j’ai intégré une prépa publique aux Beaux-Arts de Versailles, un établissement formidable, où la volonté du directeur était de privilégier la motivation des élèves à leur book ou leur niveau d’études.
L’année suivante, je me suis inscrite aux ateliers Beaux-Arts de la ville de Paris. Ce que j’appréciais là-bas, c’est que l’on pouvait décider librement de nos créneaux horaires et des ateliers que l’on voulait suivre. J’ai choisi la bande dessinée, le cinéma d’animation et l’analyse morphologique. Cette forme d’apprentissage correspondait parfaitement à mes besoins, car je ne suis pas du tout scolaire, et je supporte mal que l’on m’impose des thèmes ou des techniques que je n’aime pas employer.

Et après ?
Deux ans plus tard, j’ai entrepris les Arts Décoratifs de Strasbourg, et j’ai eu beaucoup de mal à suivre un enseignement très conventionnel. Très vite, je me suis sentie perdue, j’avais le sentiment d’être conditionnée, de devoir mettre de côté ce que j’aimais faire pour répondre aux attentes de l’école. Mes professeur-e-s s’en s’ont aperçus, et mon année n’a pas été validée par la suite. J’ai achevé mon cursus par une formation professionnelle en illustration au lycée Corvisart. 

Comment as-tu obtenu tes premières parutions ?
Au cours de ma deuxième année aux ateliers Beaux-Arts de Paris, j’ai été contactée, grâce à mon blog, pour réaliser des illustrations pour un magazine de la presse  jeunesse, Histoires pour les Petits chez Milan presse. J’ai eu beaucoup de chance d’être repérée sans avoir à démarcher. J’ai terminé mes formations et je travaille vraiment depuis le mois de novembre 2014. Les débuts sont difficiles, je suis illustratrice free-lance et je n’ai donc pas de salaire régulier. Heureusement, mes parents ont toujours été là pour me soutenir.

 T’es-tu déjà essayée à d’autres arts ?
Aux Arts Déco, j’ai eu l’occasion d’aborder différentes techniques d’art plastique. Le problème, c’est que lorsque l’on me demande de faire quelque chose que je n’aime  pas, je me bloque. Je ne les pratique pas, mais j’apprécie beaucoup les autres arts, plus particulièrement la musique et le cinéma.
Quels sont les artistes qui t’inspirent particulièrement ? J’aime beaucoup Egon Schiele, Niki de Saint Phalle, Van Gogh, Klimt, et du côté des illustrateurs-rices Claude Ponti, Mary Blair, Ronald Searle, Jirô Taniguchi… J’adore ce qu’ils et elles font, mais j’essaye de ne surtout pas m’en inspirer par peur d’être bloquée dans ma création.Il suffit que je voie une image qui me plaise pour en extraire inconsciemment les éléments qui m’ont plu, puis de les réutiliser dans mes propres illustrations. Alors je garde mes distances, afin de réaliser quelque chose qui me soit propre.En musique, j’ai beaucoup d’admiration pour les Beatles, David Bowie, Joy Division, Jacques Brel, Gainsbourg, Antony and the Johnsons, Nick Cave, Johnny Cash… les meilleur-e-s en somme (rires) !

Tu dis que le dessin est devenu vital, est-ce que tes illustrations parlent de toi ?
C’est très souvent ce que mes proches me disent, mais moi, je ne le remarque pas. Il est très probable qu’inconsciemment, je m’illustre à travers mes crayons. Par exemple, j’ai fait une série d’illustrations sur l’asociabilité. J’imagine qu’inconsciemment, je l’ai réalisée par rapport à ce que je ressens dans la vie de tous les jours. J’ai un rapport complexe à l’autre, je ne me sens vraiment à l’aise que lorsque je suis éloignée de la foule. Ces dessins représentent assez bien ce sentiment : le gros personnage couvert de longs poils, c’est un peu moi. Il est poursuivi par des canards qu’il tente de fuir, et petit à petit, il finit par accepter leur présence.Cette série a été réalisée cette année. Tous les ans, à l’occasion de la foire du livre jeunesse de Bologne en Italie, des professionnel-le-s, amateurs-rices et étudiant-e-s sont invité-e-s à réaliser cinq planches pour un concours (il y près de 4000 participant-e-s pour 80 illustrateurs-rices sélectionné-e-s, ndlr). Mes professeur-e-s voulaient qu’on y participe.

Pourquoi avoir choisi l’univers de l’enfance, plutôt que, par exemple, le dessin de presse ?
Le dessin de presse est un univers qui me plaît beaucoup, mais je ne pense pas avoir la maturité ni les connaissances culturelles nécessaires pour pouvoir en faire ma spécialité. Tu sais, je vis un peu dans ma bulle, j’ai vite tendance à me fermer à l’actualité, car je préfère ne pas savoir ce qu’il se passe dans le monde… J’ai une hypersensibilité parfois difficile à gérer, il me suffit par exemple de regarder le journal de 20h pour être complètement déprimée ! Avec le dessin, j’ai la possibilité de me recréer un univers haut en couleur. Les illustrations pour enfants m’offrent une grande liberté : retrouver cette insouciance à laquelle j’ai goûté dans mon enfance. Une forme de naïveté que je trouve particulièrement émouvante, et qu’on l’on retrouve d’ailleurs dans les dessins des enfants.

Quel est selon toi le pouvoir des histoires sur les enfants ?
Pour moi, les histoires sont bien plus qu’un simple moment récréatif. Quand j’étais petite, ma mère me lisait toujours celles de l’École des Loisirs, et des contes russes. Aujourd’hui, quand je les relis, je les trouve toujours aussi beaux, profonds et enrichissants.Les enfants ont besoin d’avoir un imaginaire lié aux histoires qu’ils ou elles lisent, ou qu’on leur lit. Le dessin est une précieuse valeur ajoutée, car il va favoriser l’imaginaire. Images et textes sont complémentaires, ils s’apportent l’un à l’autre.Et puis, c’est à cet âge que l’on trouve la liberté de faire ce que l’on veut, et sans avoir honte. On peut être le lundi matin Indiana Jones, et trente minutes plus tard un paysan adoubé chevalier par le Roi Richard Cœur de Lion. L’imaginaire des enfants est d’une immense réceptivité, à nous de les aider à l’entretenir.
Les images que l’on voit au quotidien ont bien plus d’impact qu’on ne l’imagine. Par exemple, les visuels que l’on ingurgite dans la publicité ont une grande influence sur nos désirs et notre façon de penser.En ce qui concerne le dessin, et comme la plupart des arts, cela reste un moyen d’expression qui ne justifie en aucun cas des actes de violence. En janvier, après la tuerie de Charlie Hebdo, j’ai été absolument dévastée. Comme beaucoup de Français-es, et peut-être même plus intimement en raison de mon métier, je me sentais liée aux victimes sans les connaître. Je n’explique pas le pouvoir de certaines représentations sur les esprits ; en ce qui me concerne, j’ai décidé de contrebalancer l’horreur qui peut être vécue au quotidien grâce à un univers fantasmagorique.

Pour toi, c’est quoi être une femme de vingt-deux ans au XXIe siècle ?
Dans mon métier, je n’ai jamais rencontré de difficultés par rapport au fait d’être une femme. À vrai dire, j’ai eu l’occasion de travailler essentiellement avec des femmes. Peut-être aussi suis-je tellement froide et distante que cela incite les gens à avoir un rapport particulier avec moi (rires) ! Ce n’est que de la timidité, une façon de me protéger en un sens.
La seule chose que je déplore, c’est qu’aujourd’hui encore, on fasse des albums jeunesse différents pour les filles et les garçons. Si l’on me propose d’en réaliser un, je refuse catégoriquement, et ce quelle que soit la maison d’édition. Je suis contre l’idée de mettre une barrière pour « séparer les genres ». Je refuse de véhiculer l’image de la fille bébête qui ne pense qu’à sa Barbie face au garçon casse-cou qui ne rêve que d’aventures. Cela laisse des stigmates, et c’est bien loin de la réalité. C’est important de ne pas trahir ses convictions personnelles, surtout lorsqu’on choisit de faire de sa passion son métier.

Extrait de ”  Interview de Maurèen Poignonec, retour au pays imaginaire en quelques coups de crayon “ en Deuxième page, 15/07/2015
Pour tout lire :   https://www.deuxiemepage.fr/2015/07/15/maureen-poignonec-rencontre-dessin/

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