Thème 2019

De Ville en Ville

Fantaisie et variations sur un thème

 

 Attention ! Si vous êtes sceptique, forte tête, libre-penseur, si vous vous revendiquez pragmatique, réaliste, les pieds sur terre, vous allez avoir du mal à croire ce qui vous allez lire. Et pourtant… J’y étais, je l’ai vécu, donc vous pouvez me croire. Je n’en ai pas fait part à l‘époque en 2019, pas plus que ne l’ont fait tous ceux qui étaient là en même temps que moi pour vivre ce moment incroyable. Parce que c’était incroyable.

Samedi matin avant l’ouverture du festival sur la rive droite. Petit crachin, brume, horizon bouché, marée haute. Peu de monde sur le quai, calme plat, on entend les mouettes. Tout d’un coup, un rayon de soleil flamboyant déchire la brume et là… plus de barnums, plus de Coopérative maritime, plus de maisons entourées de jardins plein d’hortensias, plus de bateaux de pêche. Mais des immeubles, des rues, des parkings, des feux de circulation, des stops, des magasins….Plus de sentier côtier, mais un boulevard avec lampadaires et piste de rollers. Sur la mer, des paquebots de croisière, au loin, là où était Groix, des gratte-ciel… Les vitres étincellent au soleil, rien ne bouge jusqu’à ce que brusquement tout s’anime.

Yves-Marie Clément abasourdi regarde autour de lui en s‘écriant : « Quelque chose a changé ! » Louis Alloing armé de jumelles regarde de l’autre côté de l’eau et s’exclame : « C’est New-York, incroyable ! Mais si, je vous assure, je viens de voir Marion Duval sortir d’un taxi jaune ! » Vincent Godeau sort de sa poche une grosse loupe rouge, regarde à travers ces étranges bâtiments. Il voit Hervé Pinel et Christine Schneider aider Pistache à emménager dans son nouvel appartement. Didier Cornille s’étonne devant un gratte-ciel : « Incroyable ! Exactement le même que celui construit par Mies van der Rohe à Chicago » alors que Nathalie Janer non loin renchérit : «  Je n’en crois pas mes yeux, c’est la frise que j’ai dessinée pour l’animation de cet après –midi !!! ». Si Marine Rivoal s’extasie devant les jardinières de petit pois sur les balcons, Coline Pierré jette des coups d’œil méfiants aux passants autour d’elle en murmurant « Ogres ou pas ogres ? Méfiance quand même…. ». Charles Dutertre demande perplexe  à Jean-Luc Fromental: « Mais dans ma ville, que se passe-t-il ? » et s’entend répondre « Oups ! Des embouteillages, bien sûr ! ». C’est alors qu’on entend un cri poussé par Barroux : «  Bigre ! Un tigre ! A l’école ! » Pakita bondit : « quelle école ? Pas celle d’Agathe ? » Au même moment, Julien Baer dévale depuis le haut de la rive gauche en prévenant : « Attention, le loup descend de Beg ar Compaz ! Il court vers la piscine, il veut manger tout le monde, attention, attention ! » C’est la panique, chacun court de tous côtés. Hélène Rajcak s’écrie « Au moins, pas de panthera tigris, ouf ! ». Bruno Pilorget cherche partout Kéti des terres rouges, Caroline Fontaine-Riquier Monette. Lucie Durbiano appelle : « A moi, les Super Super ! Arrêtez le loup ! » A ce moment, on entend au loin un air de musique. Laurent Moreau demande « A quoi penses-tu ? » à Maria Diaz qui s’est immobilisée la main levée : « Ecoute, les notes enchantées d’un joueur de luth… »

Les notes se rapprochent, un épais nuage cache le soleil, tout se fige. Quand le soleil revient, tout est redevenu comme avant. Le sentier côtier, les bateaux de pêche, les barnums, tout est remis en place et chacun vaque à ses occupations comme si rien ne s’était passé. D’ailleurs que s’est-il passé ? Un rêve, une faille dans l’espace-temps, une hallucination collective ? Je ne pourrais vous le dire. Je sais, vous ne me croyez pas et pourtant, je vous le dis, j’y étais !

(Extrait des Mémoires inventés du festival, anonyme, Doëlan, 2035)